L'art de prendre de meilleures décisions : Un guide pratique pour sortir de vos propres pièges
Comment prenez-vous vos décisions ? Qu'est-ce qui vous freine, voire vous paralyse ? Vous connaissez les théories, vous avez vos processus, et pourtant, vous hésitez. Quel est le secret pour décider avec assurance ?
Nous prenons des décisions en permanence—environ 35 000 décisions chaque jour il paraît, chacune influencée par nos perceptions et nos biais. Que vous soyez en train de choisir entre plusieurs voies de développement possibles, de définir une stratégie ou simplement d’organiser votre journée, de mauvaises décisions peuvent s’accumuler et engendrer stress et surcharge mentale.
Parfois, tout est clair : les relations de cause à l’effet sont évidentes, la réponse saute aux yeux. On tranche alors rapidement, avec confiance et détermination.
D’autres fois, notre expertise nous permet de retrouver cette même assurance face à des situations plus complexes. Mais si vous êtes comme moi, dès qu’un niveau supplémentaire de complexité s’ajoute, le bon chemin n'apparaît qu’après coup (soupir).
Et puis il y a ces moments de chaos où il faut agir immédiatement—pas le temps de réfléchir ou d’évaluer les options—ou lorsque tout semble désordonné et confus.
Le contexte, le type de décision, le niveau de complexité, la rapidité requise, les parties impliquées et les résultats possibles : tous ces éléments influencent notre manière de décider. À cela s’ajoutent nos schémas mentaux, nos croyances limitantes et nos émotions. Ces dernières sont des moteurs puissants—parfois bénéfiques, parfois nuisibles—de nos choix.
Les pièges courants qui impactent nos décisions
Dans ma pratique de coaching auprès de professionnels amenés à prendre régulièrement des décisions stratégiques, je remarque souvent que la question de la confiance dans leurs choix revient dès qu’ils sortent d’une surcharge opérationnelle. Cela se traduit par des nuits blanches à ressasser leurs options : « Je connais toutes les théories, les acteurs concernés, l’ampleur des impacts… mais je remets pourtant en question chacune de mes décisions importantes. »
Ce n’est pas un manque de connaissances qui nous freine, mais plutôt notre relation à la prise de décision elle-même. La manière dont nous associons notre identité à notre rôle, notre conscience aiguë des conséquences et de ce que nous percevons ou ignorons obscurcissent souvent une compréhension plus large du processus décisionnel.
Voici quelques obstacles fréquents auxquels les leaders se heurtent :
Le piège de l’excès de confiance. Beaucoup surestiment leur intuition. En réalité, nous surestimons en permanence notre capacité à qualifier la justesse de nos intuitions. Au mieux, nous tombons juste dans la moitié des cas.
Le dilemme entre vitesse et qualité. Une analyse approfondie est essentielle pour les grandes décisions, mais attention toutefois à la paralysie analytique. S’attarder sur chaque mini étape épuise inutilement notre énergie. Au-delà d’un certain point, le temps passé à délibérer n’améliore plus significativement la qualité des décisions. Parfois, il vaut mieux privilégier la rapidité à la précision.
Le micromanagement. Le besoin de tout contrôler ralentit les processus décisionnels. Les leaders gagnent vraiment à déléguer—oui, à prendre moins de décisions eux-mêmes—et à responsabiliser leurs équipes.
Une vision trop restreinte. Se focaliser uniquement sur ce qui est connu mène à des décisions limitées. La curiosité permet d’élargir les perspectives dans l’espace et dans le temps. De plus, certains leaders oublient que leur rôle inclut non seulement la gestion descendante (leurs équipes), mais aussi ascendante (la direction, le business, les autres parties prenantes).
Les émotions qui prennent le dessus. Nos émotions sont inévitables. L’objectif n’est pas de les réprimer mais plutôt d’apprendre à discerner quand elles éclairent une décision ou quand elles brouillent notre jugement.
La peur du rejet. Dans des positions à responsabilité, il est difficile de prendre des décisions impopulaires si l’on s’inquiète trop du regard des autres.
Le manque de recul. Nos esprits sont truffés de biais cognitifs (biais de confirmation, biais du coût irrécupérable, excès de confiance…). L’humilité et une prise de conscience accrue sont des antidotes précieux.
Le manque d'écoute attentive. prendre les bonnes décisions repose aussi sur la reconnaissance des compétences de ceux qui nous entourent.
Comment améliorer vos prises de décision
Il n’existe aucune méthode infaillible pour toujours faire le bon choix. Cependant, il est possible d’affiner son processus décisionnel en adoptant des cadres structurés plutôt que des approches informelles, en comprenant ses propres schémas mentaux et émotionnels et en sachant quand faire confiance à son intuition (et quand ne pas le faire).
Voici quelques conseils pratiques pour améliorer vos décisions :
Réduisez votre charge mentale. Une étude publiée dans Nature Neuroscience (2024) montre qu’une charge cognitive élevée peut réduire la précision des décisions jusqu’à 35 %.
Donnez un ordre de priorité à vos décisions. Toutes ne méritent pas le même investissement mental. Évaluez leur réversibilité (peut-on revenir facilement sur cette décision ?) et leur ampleur (quel est l’impact potentiel ?). Les grandes décisions nécessitent une approche différente des choix mineurs.
Analysez le contexte avant toute grande décision. Rassemblez les informations pertinentes et réfléchissez systématiquement aux interactions entre différents facteurs externes. Cherchez activement des perspectives variées—surtout celles qui contredisent votre point de vue.
Encadrez vos équipes avec des processus formels. Une étude publiée dans Organizational Behavior and Human Decision Processes (2023) a montré que les équipes diversifiées utilisant des cadres structurés prenaient 28 % de meilleures décisions stratégiques.
Simulez les scénarios possibles. Imaginez différents résultats potentiels en assignant des probabilités aux échecs possibles. Une étude longitudinale dans Strategic Management Journal (2023) a révélé que les équipes utilisant des pré-mortems réduisaient leurs erreurs stratégiques majeures de 24 %.
Préparez-vous sans tomber dans l’excès—des plans réalisés à 80% suffisent car la réalité viendra toujours perturber vos prévisions.
Face à une complexité croissante, il est utile de rester ancré en clarifiant vos objectifs prioritaires ainsi que vos principes directeurs. Rien ne vaut une bonne respiration, en rallongeant l'expiration, pour maintenir la clarté de votre esprit. Et pensez à utiliser la boucle OODA (Observer–Orienter–Décider–Agir) pour réagir efficacement en temps réel.
N'oublions pas que nous tirons parti de nos erreurs : documentez vos choix et analysez-en les résultats pour progresser.
L’objectif n’est pas d’atteindre la perfection mais d’améliorer continuellement vos choix tout en leur allouant une énergie adaptée selon leur importance. L’énergie économisée sur les décisions routinières peut être réinvestie dans celles qui façonnent véritablement votre avenir.
Vos choix construisent votre réalité au fil du temps. Faites en sorte qu'ils comptent—sans qu’ils ne vous épuisent.